Auteur/autrice : Margaux

Folle ?

Suis-je folle ? Bien sûr que je le suis. En tout cas, ceux que j’ai croisés ce matin en sont certains. Comment les blâmer ? Croiser une inconnue chanter à tue-tête dans la rue.

Comment j’en suis arrivé là ? D’habitude, j’aime la discrétion. Être invisible.
Dans la rue ? Tête baissée. Dans le métro ? Tête baissée. Dans l’ascenseur ? Tête baissée.
Je ne parle jamais aux inconnus, même à mon âge. Comme une petite fille bien élevée. 

J’ai honte. J’ai peur. Qu’est-ce que c’était ?

Les pompiers qui m’ont amené ici ne parlaient pas beaucoup. Je ne voulais pas leur parler. Pour eux aussi, j’étais cinglée. Mais je ne pouvais pas m’en empêcher. Je parlais, je parlais, je parlais. Sans m’arrêter. Ou juste pour rigoler. Arrivée à l’hôpital, j’ai dit que je n’avais pas besoin d’être là. Alors l’urgentiste aussi a eu ce regard. Pauvre fille. Tant qu’à être là, j’ai demandé à faire un scanner de contrôle.

J’ai pas eu de scanner mais un transfert. Mondor. J’ai ri à gorge déployée. Ça me faisait penser à Mordor. Le Seigneur des Anneaux. Enfin, je crois. Je ne sais plus. C’est en attendant d’être transféré que l’infirmière m’a fait une piqûre.

J’ai arrêté de rire. J’ai arrêté de parler. Mais j’ai recommencé à penser.

Comme si avant, je ne savais plus faire. Il y avait un ordinateur en veille dans mon box. L’heure était affichée. Et j’ai compris une chose. Le temps était long. Très long. Trop long. Puis je suis partie. Dans les nouvelles urgences, des flics partout. Des flics à gauche. Des flics à droite. Et moi. Dans la salle d’attente. Pas encore affublée d’une camisole de force. Puis le bureau. Dedans ? Quatre médecins.

“Ils sont internes. Ils apprennent. Ça ne vous dérange pas ?”
“Non.”

Et les questions. Répéter la scène, encore et encore. C’était frais dans ma tête. Une scène que j’ai vécu en spectatrice. Mais j’en étais l’actrice principale.

Puis le classique. Drogue ? Alcool ? Enceinte ?
Non, non et non.
Mais je fume. Donc oui, drogue. A ce moment-là, j’ai eu envie de fumer. Alors, j’ai demandé : 

“Suis-je folle, docteur ?”
“Non, madame. Juste malade.”

Silence. Alors il reprend : 

“Et vous savez pourquoi c’est une bonne nouvelle ?”
J’ai secoué la tête. Malade et bonne nouvelle se retrouvaient rarement dans la même conversation. 

“Parce qu’on va vous soigner. Après, tout ira mieux.”

Mieux ? C’est sûr que là, ça ne pouvait pas être pire. J’ai repris mon souffle. Des heures que j’étais en apnée. Je me concentrais sur le médecin. Son sourire bienveillant. Sa voix sereine. Même quand il posait des questions très personnelles. Mais il l’avait dit. 

Pas folle. Pas folle. Pas folle. 

Pourtant, aujourd’hui, clinique psychiatrique. Pas le droit au chargeur. Ni de téléphone, ni d’ordinateur. Ni même celui de ma brosse à dent électrique. Ni même mon sèche-cheveux. Franchement, si je voulais en finir, je le ferais avec un peu plus de panache, merde. 
Donc clinique psychiatrique mais pas folle. Pourtant j’ai vu peu de films où les lieux psychiatriques étaient remplis de gens sains d’esprit. J’espère que ça ne se voit pas sur l’arrêt de travail. 

Je tourne en rond dans cette chambre. Deux heures que je suis là. Deux heures que je ressasse cet “épisode”, comme ils disent. Soudain, des rires au loin. Mais pas des rires fous. Des rires normaux. Je me penche à la fenêtre. Un groupe de fous fume une cigarette. Donc la clope, c’est un truc de fou. Ils rient à nouveau. J’hésite alors qu’il y a quelques heures, j’alpaguais les gens dans la rue.
J’y vais ? J’y vais pas ?
Bien sûr que j’y vais.

Allons voir la folie d’un peu plus près. 

Texte issu d’un atelier

Le thème de cet atelier était « les phrases courtes ». Il fallait raconter une histoire à travers un personnage et expérimenter les phrases courtes. Un exercice très intéressant mais pas si simple que ça. Il est évident que la longueur des phrases donne un rythme et utiliser des phrases courtes m’a plutôt dirigé vers un état d’esprit de confusion, d’où ce texte. J’ai adoré écrire ce texte mais je l’ai relu pour le poster et il est vrai que l’utilisation excessive de phrases courtes fonctionnent pour faire passer la confusion et ce genre de sentiments mais je ne pense pas que ça tienne sur la durée. Qu’en pensez-vous ?

Ceux qu’on ne voit pas

On marche droit mais nos âmes penchent,
On dit bonjour mais nos voix flanchent. 

On vit des tempêtes invisibles,
Des jours sans nom, des nuits sans fin.
On croit qu’on sombre, qu’on est une cible.
Qu’on est de trop, qu’on ne vaut plus rien. 

On apprend vite à faire semblant
Le coeur lourd, l’esprit lent. 
Alors, on baisse les yeux pour résister,
On continue à rire pour simuler. 

On nous regarde comme un dommage,
Un mot qui gêne, un poids en trop. 
On cache nos cris sous le maquillage
A force d’avoir honte de nos maux. 

Mais si, on existe même en silence
Même si on tombe, même si on plie. 
Nos cicatrices sont notre puissance
Des preuves qu’on lutte pour rester en vie. 

Alors regardez nos visages : 
Nous ne sommes pas que nos orages.
Nous sommes forts et debouts
Vivants
Pour ne plus être à genoux.

L’incendie

Sans le savoir, papa me la donner,
Ce cadeau empoisonné.
Tantôt feu incendiaire,
Tantôt cendre en enfer. 

Moi je voulais être un feu de cheminée,
Une flamme douce qui réchauffe un foyer. 
Un beau feu qui caresse sans brûler.

Mais je suis l’incendie,
Destructeur et ravageur, 
Alors comment donner la vie ? 

Comment être une bonne mère,
Quand on a le feu bipolaire ? 

Marraine pour ma Reine

Ton arrivée a tout bousculé
Je ne t’ai pas porté
Mais tout de suite ton coeur m’a trouvé. 

Dans le ciel de ma vie, 
Tu es venu comme une lumière. 
Un soleil chassant la pluie
qui a fait danser tout mon univers. 

Et soudain, mes mains ont su qu’elles devaient te protéger. 
Et si parfois la vie te semble trop lourde,
Je serai ton refuge, toujours à l’écoute. 

Marraine pour ma reine,
Je t’aime sans aucun doute.

Aïe Love You

J’ai appris à parler
Comme on s’excuse d’exister.
A choisir mes silences
Comme on choisit son bouclier.

Tu collais sur mes bleus
Des mots doux pour t’excuser,
Et quand ma peau se mettait à saigner,
Tu te rattrapais avec des gestes affectueux. 

Tes phrases me percutaient
Comme des gifles de velours.
Et moi,
Moi, 
Je prenais ça pour de l’amour. 

Car tu ne criais pas toujours.
Parfois
Juste après m’avoir fait tomber,
Tu me demandais comment j’allais. 

Et moi,
Moi,
Je prétendais encore que la tendresse
Etait empreinte de maladresse. 

Mais l’amour n’est pas cette gifle qui tombe au petit matin,
Mais l’amour n’est pas la vie qui s’envole à coup de poing. 
Alors même si ça fait peur, il est temps.
Plus de Aïe Love you, mais juste vas-t-en.

Pourquoi écrire ?

Pour ce premier bavardage, je voulais m’attaquer à une question fondamentale : pourquoi j’écris ?

Cette question semble banale, presque idiote. Des dizaines de réponses viennent en tête mais cette question a traversé chaque personne qui partage cette passion. Moi, je me la pose souvent. Pourquoi je passe (presque) tout mon temps libre dans mes carnets, à les remplir sans cesse. Des tonnes de mots jamais lus, que je garde farouchement pour moi. Par peur ou par envie, je ne sais pas trop, mais cela ne m’arrête pas. Alors pourquoi j’écris ? 

Après moultes réflexion, j’ai un début de réponse : 

Le chant des Sirènes

Dans l’Odyssée d’Homère, le chant des sirènes attire les marins pour les faire passer par dessus bord. Dans ce poème, les sirènes utilisent leur chant pour donner voix à la parole des victimes.

Sainte Marie

Un poème prière en hommage à Marie Trintignant, écrit après la diffusion du documentaire Netflix sur sa mort tragique.

La sentence des Sorcières

Ce poème engagé explore la figure des sorcières comme un symbole de révolte et de mémoire des femmes disparues. Une incantation poétique qui donne voix à celles qu’on a voulu faire taire.

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